Ces jours-ci, on lit un livre intitulé “les 7 idioties sur l’éducation des enfants”, des mêmes auteurs du fameux “arrêtez de réprimer votre enfant”. C’est un livre qui bouleverse de nombreuses certitudes, fait changer de point de vue, propose des solutions (pas faciles au début car elles impliquent un travail sur soi, mais elles deviennent faciles après être entrées dans “le mécanisme”) et recueille des témoignages intéressants et pratiques. C’est un livre qui vous fait comprendre que tout est possible, que chaque enfant “terrible” est récupérable, tout comme toutes nos erreurs sont récupérables, il suffit de se remettre sur la bonne voie. En le lisant, entre autres, on a aussi découvert l’existence d’une phase enfantine qu’on a vraiment ignorée : la phase égocentrique.

Qu’est-ce que la phase égocentrique ?

Lorsque nous évoquons la phase égocentrique de l’enfant, nous pensons presque toujours à ces moments ennuyeux et irritants où notre enfant veut tout, il est collant, il ne semble pas du tout autonome, il agit comme un petit prince de la maison, il semble égoïste et nous fait peur parce que nous avons le sentiment qu’il va devenir un enfant gâté, incapable de respecter les autres et les règles. Si nous ne savons pas ce qu’est réellement la phase égocentrique, il est normal de se laisser emporter par cette vision déformée et ces soucis inutiles.

Disons que pour un adulte, le surnom sarcastique et un peu offensant d'”égocentrique” peut être valable, parce que d’un adulte, en théorie, on ne l’attend pas. Il ne faut pas voir des adultes qui parlent toujours et uniquement d’eux-mêmes, des adultes capricieux qui veulent ceci et cela (et surtout font semblant de travailler très dur pour l’obtenir), des adultes qui ne veulent pas être interrompus quand ils parlent, qui veulent mille attentions de la part des proches qui les entourent, qui prennent tout “personnel”. Et pourtant, le monde en est plein. Et savez-vous pourquoi ? Parce que peu d’entre nous ont pu passer par la phase égocentrique en temps voulu.

Tous les enfants aspirent à vivre cette dynastie dans les premières années de leur vie ; ils la veulent tellement parce qu’ils savent que leur avenir s’achèvera et que le vivre pleinement ou non peut vraiment faire la différence. Si l’enfant, accompagné de son papa et de sa maman, parvient à le vivre de manière complète et satisfaisante, vers l’âge de 7 à 8 ans (ce n’est pas si schématique et cela dépend de l’enfant), il est sûr de passer à la phase suivante, d’intégrer de nouveaux aspects de lui-même et de poursuivre son chemin de croissance.

Les enfants, tout comme ils ont besoin de l’air qu’ils respirent, ont besoin de vivre leur égocentrisme sain et naturel pour ne pas être égoïstes et manquer sur le plan émotionnel à l’âge adulte et, surtout, pour ne pas passer le reste de leur vie à courir après cette étape manquante. Ils doivent pouvoir être des enfants et vivre paisiblement leur enfance de jeux, de câlins et d’attention. Nous comprenons que beaucoup d’entre nous ne savent même pas ce que cela signifie, mais cela ne veut pas dire que nous devons en priver nos enfants. Même si ce n’était pas le cas pour nous quand nous étions petits, nous pouvons nous efforcer de devenir les garants de ce qui devrait être une normalité. Nous en tirerons profit nous-mêmes. Par exemple, combien d’adultes redécouvrent la joie, le goût des loisirs, grâce à leurs enfants ?

Ils en ont besoin pour structurer leur individualité

Un enfant n’a la possibilité de se connaître qu’à travers ce que sa mère et son père lui renvoient quotidiennement, comme s’ils étaient un miroir pour lui. Ne vous demandez-vous jamais pourquoi, quoi qu’ils fassent, avant de commencer, ils vous disent : “voulez-vous me regarder ?” ou, dès qu’ils font un dessin, ils vous l’apportent ? Ils ne le font pas pour s’entendre dire “bien”, mais parce que ce n’est qu’à travers votre regard et votre sentiment qu’ils peuvent savoir qui ils sont et s’ils sont sur la bonne voie. Il est dommage que trop souvent ce qui nous vient à l’esprit soit le regard du jugement, du bien et du mal, de ce qui nous plaît et nous convient. Il est essentiel pour eux de développer un sentiment d’abondance et de possibilité qui leur sera très utile à l’avenir, lorsqu’ils seront adultes.

C’est précisément parce qu’ils vivent dans l’abondance pendant leur enfance qu’ils peuvent être des adultes capables de tout sortir de leur sac, de trouver des solutions, de vivre avec des possibilités, de croire en elles et d’être capables de surmonter leurs limites intérieures et, aussi les limites extérieures dues à l’environnement, de vivre les défis de la vie en tant que tels et non comme des problèmes. Par beaucoup, nous n’entendons pas beaucoup de jouets, beaucoup d’argent, beaucoup de maisons, beaucoup de vêtements, beaucoup de temps avec maman et papa. Par abondance, nous entendons plutôt un monde où tout est possible et, quand ce n’est pas le cas, le parent trouve la solution et accueille votre malaise ; un monde où il y a toujours de la place pour vous, un monde à votre mesure ; un monde où vous pouvez toujours avoir votre mot à dire et exprimer vos besoins en sachant qu’ils seront satisfaits, où vous pouvez dire ce que vous ressentez parce que vous serez toujours accueilli et jamais jugé ; un monde où vous êtes avant tout et où le plus important est que vous puissiez être, avec tout ce dont vous avez besoin pour le faire, où le fait d’avoir à faire et d’apparaître perd toute importance.

Pourquoi les enfants sont-ils égocentriques?

À mesure qu’il grandit et qu’il est en contact avec d’autres, l’enfant apprend à être plus sensible aux autres.

Avant 2 ans

L’univers d’un enfant se limite à ce qu’il connaît et à ce qui l’entoure, par exemple sa famille, son milieu de garde, sa maison, sa chambre et ses jouets. Il voit les choses de son point de vue uniquement. De plus, il est habitué à ce que ses besoins soient satisfaits rapidement, par exemple quand vient le temps de se nourrir, de se faire habiller et changer de couche. Il n’a pas vraiment conscience du fait que les choses peuvent se passer autrement pour une raison ou pour une autre. Il peut donc réagir fortement si ses besoins ne sont pas satisfaits de la même façon et aussi vite que d’habitude.

Vers 2 ans

Un tout-petit commence à devenir un peu plus autonome, mais il peut vivre des frustrations quand il n’a pas ce qu’il veut ou quand il n’arrive pas à faire les choses comme il le souhaite. Sa vision du monde est toujours centrée sur lui puisqu’elle part de ses propres besoins et de ses envies. Il n’a pas encore conscience des besoins des autres. Jouer avec d’autres enfants aide votre tout-petit à comprendre peu à peu ce que les autres peuvent ressentir.

De plus, à cet âge, un enfant ne joue pas vraiment avec les autres. C’est la période du jeu parallèle; un tout-petit aime jouer à côté des autres enfants. Quand il va vers un autre enfant par exemple, c’est souvent parce qu’il s’intéresse au jouet avec lequel l’autre joue.

Vers 3 ans

Un enfant commence, en général, à comprendre un peu mieux les émotions des personnes de son entourage. Il est toutefois incapable de prévoir leur réaction. Par exemple, il ne réalise pas qu’il va faire pleurer son ami en lui enlevant un jouet des mains.

Entre 4 et 6 ans

Votre enfant développe son empathie. Peu à peu, il arrive à se mettre à la place des autres et à prévoir un peu leurs réactions. S’il remarque que son ami est triste, il peut lui proposer de jouer avec lui à son jeu préféré. Avec le temps, il comprend aussi que les personnes peuvent réagir différemment. Il découvre, par exemple, qu’un de ses amis aime bien recevoir des câlins, mais que ce n’est pas le cas d’un autre ami. Il adapte donc de plus en plus son comportement en fonction des réactions des autres.

Comment aider un enfant à tenir compte des autres ?

Pour s’intéresser à ce que les autres ressentent et essayer de comprendre leur vision des choses, votre enfant a besoin de votre aide. Par de petits gestes quotidiens, vous pouvez l’aider à développer son empathie et à devenir ainsi moins égocentrique. Voici comment :

  • Invitez votre enfant à observer les réactions et les sentiments des autres. Par exemple, au parc, observez avec lui les enfants qui jouent et faites-lui remarquer leurs réactions dans différentes situations (quand un enfant se fait pousser, se fait prendre sa place, se fait prêter un jouet).
  • Utilisez les histoires que vous lisez à votre enfant pour parler ensemble de ce que ressentent les personnages.
  • Aidez votre enfant à prendre conscience des conséquences de ses actes. S’il lance du sable dans les yeux de son ami, faites-lui remarquer que l’autre enfant pleure. Au contraire, s’il a accepté de laisser sa place sur la balançoire à son ami, dites-lui : « regarde, ton ami est content, il sourit! »
  • Offrez à votre tout-petit de nombreuses occasions de jouer avec d’autres enfants, surtout s’il ne fréquente pas une garderie. Être en contact avec d’autres enfants va l’aider à être moins égocentrique.
  • Servez de modèle en vous souciant des autres vous aussi et félicitez votre enfant lorsqu’il vous imite.
  • Encouragez-le à être attentif aux autres. Par exemple, invitez-le à consoler son petit frère ou à prêter ses jouets à un ami.
  • Parlez-lui de la joie que l’on ressent à faire plaisir aux autres et à être généreux. Proposez-lui, par exemple, de faire un dessin pour sa grand-maman ou de donner un jouet qu’il n’utilise plus à un enfant plus jeune.
  • Inventez des jeux de rôles. Ceux-ci peuvent contribuer à faire comprendre à votre enfant le point de vue de l’autre. Par exemple, jouez à le soigner pendant qu’il fait semblant d’être malade et inversez ensuite les rôles.

Si vous sentez que ces stratégies ne sont pas efficaces pour votre enfant, vous pourriez en parler avec son éducatrice. Comme elle le voit dans un contexte de groupe, elle pourrait vous conseiller d’autres stratégies adaptées aux besoins de votre enfant.